Devi, la déesse aux mille noms

 

 

Principe féminin par excellence, déesse mère aux origines immémoriales, parèdre de Shiva, Devi "la déesse" ou Mahadevi "grande déesse", réunit les caractéristiques de toutes les déesses du panthéon hindou -aussi a-t-elle "mille noms" symbolisant une infinité d'aspects. Elle peut être révérée en compagnie de son époux, douce et bienveillante, ou bien indépendamment, sous des aspects parfois redoutables.

En tant que Parvati, "fille de la montagne", Uma "lumineuse", Gauri "ensoleillée", elle est avant tout la mère protectrice et l'épouse modèle, la réincarnation de Sati "la fidèle", qui s'est immolée par amour lors du sacrifice de Daksha. Ayant su gagner à nouveau l'amour de Shiva par une ascèse extrèmement sévère, en ignorant l'apparence repoussante du dieu, elle est devenue Mahavidya "suprême connaissance", capable d'accomplir avec lui la grande danse cosmique de la libération spirituelle, Urdhva Tandava.

Afin de combattre les démons qui assaillent les hommes, elle est Durga "l'inacessible", suscitée par les dieux du panthéon, à la fois épouse de Kalki, le dernier avatara de Vishnu, et émanation de Parvati en colère. Chacun de ses nombreux bras brandit alors l'arme spécifique d'un dieu et elle chevauche en fauve terrifiant, tigre ou lion.
Devi est encore
Kali, "la noire", parèdre de Shiva Mahakala, "le grand temps", dont elle incarne le pouvoir destructeur. En tant que Bhadrakali "Kali de bon augure", elle est l'objet de nombreux cultes et danses rituelles du sud de l'Inde.

On retrouve en Devi une multitude de déesses locales dont les cultes répondent à des préoccupations spécifiques, telles que Manasa, déesse bengalie du Venin, qui règne sur les serpents et inspirent les guérisseurs, ou encore Mariyamman et Sitala, invoquées lors des épidémies et auxquelles sont offerts de nombreux sacrifices d'animaux (poulets, chèvres, buffles...).

Autre visage de la déesse, celui de Kanya Kumari, "la vierge demoiselle", a donné son nom indien au cap Comorin, à l'extrème sud du sous-continent. Elle y incarne l'éternelle fiancée de Shiva résidant dans le grand temple voisin de Suchindram. Qualifiée de Parashakti, "énergie suprême", elle y cristallise les vertus infinies de la chasteté, permettant de détruire n'importe quel pouvoir maléfique.

Enfin, l'un des aspects remarquables est celui de Minakshi "aux yeux en forme de poisson", princesse-déesse d'origine pré-hindoue, tutélaire de Madurai en Inde du sud, où un festival grandiose célèbre chaque année son mariage avec Shiva Sundareshvara, "dieu de beauté". Elevée en guerrière émérite, elle régna à la suite de son père, conquérant le "monde entier" jusqu'au jour où, parvenue devant Shiva, dans les Himalayas, elle fut envahie de timidité et d'une réserve toute féminine.
Ce mythe reflète bien la volonté de l'orthodoxie brahmanique de soumettre le sud dravidient de l'Inde, dont l'un des aspects - et non des moindres- était le statut d'égalité des hommes et des femmes.